Au cœur du secteur Basongo dans la province du Kasaï, le pont Lubawu incarne aujourd’hui l’abandon criant de l’État face à la souffrance des populations rurales. Jadis artère vitale reliant la commune de Mibalayi à la zone de santé de Mikope, cet ouvrage stratégique s’est effondré il y a plusieurs années, après le mandat de l’ancien gouverneur Marc Manyanga. Depuis, c’est tout un pan du territoire d’Ilebo qui suffoque, isolé, sacrifié.
Le pont Lubawu n’était pas un simple ouvrage de béton. Il était le cordon ombilical entre plusieurs groupements, un passage obligé pour les échanges humains, économiques et sociaux. Son effondrement a brutalement sectionné l’axe Nord-Sud, bloquant l’accès entre Mafa Jérôme, Tshianda, Kasongo Biyenge, Shambafu et Masuwa 2. Résultat : des villages entiers vivent désormais coupés du monde, prisonniers de la boue, des eaux et de l’indifférence.
Les conséquences sont dramatiques.
Sur le plan sanitaire, les malades peinent, parfois au péril de leur vie, à rejoindre la zone de santé de Mikope. Femmes enceintes, enfants malades et personnes âgées payent le plus lourd tribut de cette rupture d’infrastructures.
Sur le plan éducatif et économique, la situation est tout aussi alarmante. Les parents, dépendants du transport à vélo et du petit commerce vers le marché de Kasongo Biyenge, voient leurs revenus s’effondrer. Les frais scolaires deviennent un luxe inaccessible, compromettant l’avenir de toute une génération.
Face à cette urgence, le silence des autorités est assourdissant. Ni inspections visibles des élus nationaux et provinciaux d’Ilebo, ni promesses concrètes de réhabilitation. Le pont Lubawu semble rayé des priorités publiques, relégué aux oubliettes de la gouvernance. Le sentiment d’abandon est total, profond, humiliant.
Avant, les véhicules et les motos passaient ici sans problème. Aujourd’hui, nous traversons avec mille difficultés. Nous sommes livrés à nous-mêmes, sans personne pour plaider notre cause.
confie, amer, un habitant du secteur
Pour que le pont Lubawu soit enfin vêtu d’une robe de haute infrastructure, une action urgente et responsable s’impose :
Évaluer sérieusement les erreurs de construction passées, afin de garantir un ouvrage durable et sécurisé ; Interpeller directement le Gouvernement provincial du Kasaï et le Ministère national des Infrastructures, afin que ce dossier cesse d’être un simple sujet de lamentation et devienne une priorité d’État.
Le pont Lubawu n’est pas un luxe. Il est une nécessité vitale. Continuer à fermer les yeux, c’est condamner sciemment des milliers de Congolais à l’isolement, à la pauvreté et à l’oubli. Et l’Histoire retiendra ceux qui auront choisi de se taire.
