La situation est critique, alarmante, insoutenable à la prison centrale de Luebo, dans la province du Kasaï. Depuis une année entière, la subvention du gouvernement central n’a pas été versée. Douze mois de silence. Douze mois d’abandon. Douze mois durant lesquels des êtres humains, privés de liberté mais non de dignité, sont laissés à leur triste sort.
Derrière les murs décrépis de cette maison carcérale, la réalité est brutale. Les détenus peinent à se nourrir. Certains survivent grâce à la solidarité précaire de leurs familles, quand elles en ont les moyens. D’autres n’ont plus personne. Les assiettes se vident, les corps s’affaiblissent, les regards se creusent. La faim s’installe comme une compagne quotidienne, implacable.
À cette insécurité alimentaire s’ajoute une promiscuité inquiétante. Les cellules débordent. L’espace manque. L’air circule mal. Les conditions d’hygiène se détériorent dangereusement, exposant les détenus à des maladies qui peuvent rapidement se transformer en épidémies. Dans un environnement aussi fragile, le moindre incident peut virer au drame.
Face à cette situation explosive, Emmanuel Tshintela, directeur de la prison centrale de Luebo, tire la sonnette d’alarme. Son cri n’est pas politique. Il est humain. Il appelle à une réaction urgente des autorités compétentes. Car au-delà des murs et des barreaux, c’est la responsabilité de l’État qui est engagée.
Une prison n’est pas un lieu de condamnation à mort lente. Elle est censée être un espace de détention, de justice et, dans la mesure du possible, de réinsertion. Laisser pourrir la situation à Luebo, c’est renoncer à ces principes fondamentaux. C’est accepter qu’un établissement public fonctionne sans moyens, sans ressources, sans encadrement adéquat.
Le silence prolongé des autorités face à cette crise interroge. Comment comprendre qu’une institution aussi sensible puisse rester sans subvention pendant une année entière ? Comment expliquer que des détenus, sous la garde de l’État, soient exposés à la faim et à des conditions de vie indignes ?
La prison centrale de Luebo est aujourd’hui au bord de l’implosion. Si rien n’est fait, les conséquences pourraient être dramatiques : tensions internes, évasions, crises sanitaires… Il est encore temps d’agir, mais le temps presse.
