Un nouveau rapport explosif de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), jette une lumière crue sur les dérives financières et les conflits d’intérêts qui ont entaché le projet stratégique de l’autoroute Kinshasa-Matadi. Au cœur du scandale, le ministre d’État à l’aménagement du territoire, Guy Loando Mboyo, dont la famille serait directement impliquée dans une société ayant bénéficié de contrats totalisant septente millions de dollars.
Selon le rapport de PPLAAF, la société SIC, enregistrée en mai 2019, a obtenu à peine un mois plus tard, un premier contrat de 25 millions de dollars pour des travaux de sous-traitance liés à l’autoroute Kinshasa-Matadi. La même société aurait cumulé un total de septente millions de dollars dans le cadre de ce projet.
Des documents montrent que Guy Loando et son épouse détenaient 35 % des parts de SIC au moment de l’octroi du contrat. Ces révélations jettent une ombre lourde sur la transparence du processus et révèlent des liens personnels étroits entre le ministre et Simon Cong Maohuai, patron de SOPECO, l’entreprise principale du projet, réputée proche du clan Kabila. Guy Loando le présente d’ailleurs comme son « mentor » sur le site de sa propre fondation.
L’autoroute Kinshasa-Matadi, projet vital pour le désenclavement économique du pays, a été lancée sous le modèle BOT (Build-Operate-Transfer), censé alléger la charge financière de l’État. Mais selon PPLAAF, le projet a été capturé par des intérêts privés, avec peu ou pas de contrôle public.
Dès 2021, l’Inspection Générale des Finances (IGF) avait déjà pointé des budgets artificiellement gonflés et recommandé des poursuites judiciaires. À ce jour, aucune suite n’a été donnée à ces alertes, ni contre les entreprises concernées, ni contre les responsables politiques impliqués.
Interrogé dans le cadre de l’enquête, Guy Loando a nié tout lien avec la société SIC, affirmant ne pas en être actionnaire. Pourtant, les documents publiés par PPLAAF prouvent le contraire.
Ce déni, combiné au silence persistant du gouvernement, alimente l’indignation croissante au sein de la société civile. Pour Jimmy Kandé de PPLAAF, cette affaire illustre un mal profond.
l’absence de contrôle étatique efficace crée un terrain fertile pour la corruption.
a-t-il souligné.
Dans ce contexte, l’espoir de voir la justice faire son travail repose désormais sur les épaules du procureur général près la cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu. Connu pour son intégrité et son indépendance, il s’est déjà illustré dans d’autres affaires visant Guy Loando.
La pression est désormais forte pour qu’il se saisisse du rapport PPLAAF et ouvre une procédure judiciaire transparente. Les éléments à charge sont clairs, précis et bien documentés. La justice ne peut plus détourner le regard.
Ce scandale dépasse le cadre d’un simple abus de pouvoir. Il met en lumière une culture de prédation qui gangrène des projets censés bénéficier à tous les Congolais.
L’autoroute Kinshasa-Matadi, projet d’intérêt public, a été détournée au profit d’un cercle restreint. Pendant ce temps, les populations attendent toujours routes, écoles et hôpitaux promis au nom du développement
