Le territoire d’Isangi est situé dans la province de la Tshopo, au nord-est de la République démocratique du Congo. Il s’étend le long du majestueux fleuve Congo. Majoritairement rural, Isangi vit essentiellement de l’agriculture, de la pêche et du petit commerce.
Les villages sont dispersés le long de la route reliant Kisangani au centre du territoire. Cette route, bien que stratégique, reste marquée par de nombreuses difficultés d’accès et d’entretien.
Un métissage linguistique révélateur d’une identité plurielle
Le long de l’axe Kisangani–Isangi, la population ne s’exprime pas dans une seule langue. Les conversations mêlent le français, le lingala, le swahili et parfois des dialectes locaux. Dans une même phrase, on peut entendre : « leka uku ». Leka (lingala) signifie « passe » et uku (swahili) signifie « ici ».
Ce brassage linguistique traduit l’histoire, les échanges commerciaux et la cohabitation culturelle propres à cette région. La langue devient ainsi un espace vivant où s’entrecroisent identités urbaines et rurales.
Les enfants : entre jeux traditionnels et dangers de la route
Malgré le passage fréquent des motos et taxis-motos, les enfants continuent de jouer au bord de la route. Les jeunes filles pratiquent encore des jeux traditionnels comme la corde à sauter ou les jeux de mains et de pieds appelés kange.
Les enfants interpellent souvent les taximens en criant leurs surnoms ou les slogans de leurs associations, par exemple « Sans manœuvre » ou « Mapapu ». En réponse, les conducteurs klaxonnent ou crient « zéro ». Et lorsqu’un conducteur roule lentement, les enfants lancent « maziwa » pour dire : « moto neuve ».
Cette interaction, devenue presque rituelle, reflète une familiarité entre conducteurs et riverains. Toutefois, elle expose aussi les enfants à un risque réel d’accidents.
Des écoles précaires, mais une volonté d’apprendre intacte
Les élèves parcourent parfois plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre l’école. Les infrastructures restent très limitées :
absence de bancs salles de classe sans portes ni fenêtres mobilier fabriqué à partir de bambous manque de matériel didactique
Malgré ces conditions difficiles, enseignants et élèves poursuivent les cours avec détermination, illustrant l’importance accordée à l’éducation dans ce territoire.
Le phénomène d’échange de clients entre taximens
Sur cette route, les taximens ont développé un système particulier : l’échange de clients en cours de trajet. Deux conducteurs habitués à des zones différentes, par exemple Yangambi et Yaikina, peuvent décider de se transférer les passagers.
L’objectif est d’éviter de rentrer à vide et de réduire les dépenses en carburant, selon le témoignage de l’un d’eux.
Pour certains conducteurs, cette pratique constitue une forme d’entraide. Toutefois, la volonté du client n’est pas toujours prise en compte : un passager peut ainsi partir avec un taximan et arriver à destination avec un autre, sans avoir donné son consentement.
Barrières et paiements obligatoires : une pression économique supplémentaire
À Yawalo, un village situé le long de la route, une barrière impose plusieurs paiements :
2 000 FC pour la DGRPT 3 000 FC pour le service Transcom achat obligatoire d’un jeton appelé « jeton tourisme » pour les clients (prix variable)
Ces frais cumulés encouragent certains taximens à échanger les clients afin de limiter leurs dépenses. Les conducteurs non habitués de la route paient souvent davantage, ce qui crée un sentiment d’inégalité.
Une organisation associative structurée
La majorité des taximens opérant sur la route d’Isangi sont regroupés en associations. Le port du gilet et des chaussures est généralement respecté.
Cette organisation témoigne d’une volonté de structuration professionnelle dans un secteur largement informel.
Une route en mauvais état et des engins immobilisés
L’état de la route demeure un défi majeur. Certains engins affectés aux travaux ont cessé leurs activités après quelques kilomètres et restent stationnés dans des villages le long de l’axe.
De nombreuses organisations opérant dans le territoire privilégient désormais le fleuve plutôt que la route, jugée trop dégradée ou impraticable à certaines saisons. Quelques ponts sont également endommagés.
Un territoire aussi confronté aux risques sanitaires
Au-delà des difficultés économiques et infrastructurelles, la zone reste exposée à plusieurs maladies épidémiques, notamment la Mpox et la rougeole.
La route Kisangani–Isangi n’est pas qu’un simple axe de transport. Elle reflète la réalité d’une société rurale dynamique, marquée par la solidarité, les initiatives locales et la présence de nombreuses associations et coopératives, malgré les nombreux défis du quotidien.
