Les autorités politico-administratives et les acteurs de la société civile de la province de la Tshopo se sont réunis ce mardi 31 mars, dans la salle de la Fourchette Boyomaise à Kisangani, pour une séance de plaidoyer axée sur le décaissement des fonds destinés à la planification familiale.
Au centre des échanges : une ligne budgétaire dédiée à l’achat des intrants de planification familiale, inscrite depuis plusieurs années dans le budget provincial, mais dont l’exécution reste sans succès. Face à cette situation, le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Promotion de la Femme et de la Fille (GRAPFF) a opté pour une approche plus inclusive, en réunissant les ministres sectoriels, les gestionnaires de crédits ainsi que les cadres administratifs impliqués dans la chaîne de dépenses publiques.
Pour Madame Albertine Likoke, coordonnatrice du GRAPFF, cette démarche vise à provoquer un véritable changement :
Nous avons jugé nécessaire d’impliquer directement les décideurs et les techniciens afin d’expliquer clairement les enjeux liés au non-décaissement de ces fonds.
Les données présentées au cours de la séance par la coordination provinciale du Programme national de santé reproductive (PNSR) ont renforcé l’urgence d’agir. Avec un taux de mortalité maternelle en constante augmentation, la Tshopo figure parmi les provinces les plus touchées du pays. En 2025, le ratio a atteint 169 décès pour 100 000 naissances vivantes, une situation aggravée notamment par les avortements clandestins, selon la sœur docteur Thérèse Mokaria.
Selon elle, plusieurs facteurs expliquent cette réalité, notamment l’insuffisance des intrants médicaux essentiels. Elle a évoqué le manque de médicaments indispensables en salle d’accouchement, notamment les produits traceurs tels que l’ocytocine, le misoprostol, les antibiotiques et le sang.
À cela s’ajoute une faible disponibilité des produits contraceptifs nécessaires à une planification familiale efficace. Le déficit en équipements de base, tels que les bonbonnes d’oxygène et les kits d’accouchement, complique davantage la prise en charge des urgences obstétricales dans les structures sanitaires.
De leur côté, les autorités provinciales ont reconnu la pertinence du plaidoyer. Le ministre provincial de la Santé, Dr Simon Bokongo Kawaya, a confirmé que le montant prévu dans le budget 2026, évalué à 161 979 500 francs congolais, sera orienté vers l’appui à la planification familiale. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer l’éducation en matière de santé sexuelle et reproductive.
Au-delà du financement public, le GRAPFF, avec l’appui de MSI dans le cadre du fonds UKaid, entend élargir son champ d’action. À l’issue de la rencontre, les ministres sectoriels présents se sont engagés à porter la question au Conseil des ministres provinciaux afin d’accélérer le processus de décaissement et d’assurer un suivi rigoureux.
Cette séance de plaidoyer organisée par le GRAPFF marque ainsi une étape importante dans la lutte contre la mortalité maternelle dans la Tshopo, où l’accès à des soins de qualité demeure un défi majeur.
