Certains soutiennent la peine de mort parce qu’ils ont été victimes de crimes violents, ou que leurs proches en ont souffert. Leur colère se comprend, mais doit-on pour autant ériger l’exécution sommaire en politique ? La qualité de nos tribunaux et de nos procédures judiciaires laisse déjà à désirer. Les erreurs judiciaires sont légion, la corruption est un fléau. Alors, imaginez la catastrophe si l’on se mettait à appliquer aveuglément la peine de mort. On risque de tuer des innocents, de commettre l’irréparable, et d’instaurer la peur et l’injustice comme seules réponses à la criminalité.
Aujourd’hui, le ministre de la Justice, Constant Mutamba, menace très sérieusement de mettre à mort des jeunes délinquants âgés de 18 à 30 ans. Il veut, à l’évidence, jouer les « durs à cuire », façon “Nayib Bukele du Congo”. Mais a-t-on vraiment besoin d’un mini-dictateur local, prêt à verser le sang de la jeunesse kinoise ? Cela ressemble surtout à une manœuvre populiste : flatter la colère légitime d’une population excédée, sans jamais s’attaquer aux vraies causes.
« Qui veut tuer son chien, l’accuse de rage. » (Proverbe africain)
On le sait : les “kulunas” ne naissent pas par hasard. Ils survivent dans un environnement où l’injustice et la pauvreté leur laissent peu d’options. Les prisons, déjà surpeuplées, n’offrent aucun programme de réinsertion. L’État, incapable de fournir des perspectives, veut désormais supprimer ces jeunes comme s’ils étaient des parasites. Mais c’est la jeunesse entière qui va en pâtir. Comme le dit un autre adage africain :
« Quand les tambours changent de rythme, il faut changer de pas. »
Le ministre, lui, semble vouloir garder la même rengaine : la violence pour répondre à la violence.
Bien sûr, les victimes de crimes horribles peuvent désirer la vengeance, ce qui est humainement compréhensible. Mais faut-il pour autant laisser l’État jouer au bourreau ? Comment peut-on, d’un côté, déplorer la corruption généralisée des tribunaux, et de l’autre, leur confier le pouvoir de vie ou de mort ? Avons-nous vraiment confiance en un système judiciaire qui pourrait condamner de simples innocents sur la base d’enquêtes bâclées ou d’arrangements douteux ?
La vraie solution est plus complexe, mais elle est la seule viable :
Réformer le système carcéral pour qu’il offre une chance de réinsertion et de rééducation.
Investir dans l’éducation et redonner espoir aux jeunes privés d’avenir.
Rendre la justice intègre, grâce à des tribunaux réellement indépendants et compétents.
Constant Mutamba a pourtant un bel avenir devant lui. Va-t-il le gâcher en devenant le ministre qui a choisi la voie du sang ? Le monde avance vers l’abolition de la peine de mort, et lui voudrait rétablir cette pratique d’un autre âge. Plutôt que de sortir le sabre, il devrait retrousser ses manches pour s’attaquer au chômage, au manque d’opportunités et à la corruption généralisée.
« Une pirogue n’avance pas si chacun rame de son côté. » (Proverbe africain)
Exécuter des jeunes ne fera pas disparaître la pauvreté, pas plus que cela ne résoudra la colère ou la frustration des familles de victimes. On n’entretient que la haine et la vengeance, sans jamais reconstruire la société. Les sociétés qui ont fait le choix de la peine de mort ne sont pas devenues plus pacifiques pour autant.
Constant Mutamba, prenez garde à ne pas souiller votre réputation et votre pays dans une orgie de sang. La véritable force d’un État, c’est de savoir éduquer sa jeunesse et de rendre une justice équitable, pas de l’achever.
Ibrahim Sumaili, Juriste
