5 avril 2026
Ville de Kisangani, RD Congo
Société

Kasaï : Dekese coupé du monde, quand l’absence de réseau dévient une violence silencieuse

Plus de cent villages du territoire de Dekese, en province du Kasaï, vivent aujourd’hui une relégation numérique d’un autre âge. Depuis près de deux mois, ces entités sont plongées dans un silence forcé, privées de tout réseau de téléphonie mobile, comme si elles avaient été rayées de la carte nationale.

À l’origine de cette situation dramatique, la non-opérationnalisation de la grande antenne Vodacom érigée au chef-lieu du territoire. Détruite par une pluie diluvienne accompagnée de vents violents, cette infrastructure stratégique n’a jamais été réparée. Deux mois plus tard, aucune équipe technique, aucune communication officielle, aucun calendrier de rétablissement. Rien. Le néant.

Pour la population et la notabilité locale, les conséquences sont lourdes, profondes et multiformes. Sur le plan sécuritaire, l’absence de réseau empêche toute alerte rapide en cas de menaces, d’agressions ou de mouvements suspects. Les villages sont livrés à eux-mêmes, exposés, vulnérables. Le téléphone, jadis outil de survie, est devenu un objet inutile.

Socialement, Dekese suffoque. Les familles sont coupées de leurs proches, les élèves et étudiants isolés de toute source d’information, les malades incapables de contacter des structures sanitaires ou de solliciter une aide d’urgence. L’isolement n’est plus seulement géographique, il est humain.

Sur le plan humanitaire, la situation frôle l’indifférence criminelle. Les ONG peinent à coordonner leurs interventions, les alertes sanitaires ne circulent pas, les besoins urgents restent inconnus faute de communication. Comment sauver, prévenir ou assister quand le territoire est plongé dans le noir numérique ?

Économiquement enfin, c’est l’asphyxie. Les commerçants ne peuvent plus passer de commandes, les opérateurs économiques sont paralysés, les transactions financières électroniques sont à l’arrêt. Dekese recule pendant que le reste du pays avance.

Cette panne prolongée pose une question grave : Dekese compte-t-il encore pour les autorités et les opérateurs de télécommunication ? Peut-on accepter qu’un territoire entier soit abandonné à cause d’une antenne détruite, sans réaction, sans urgence, sans responsabilité ?

Le réseau de télécommunication n’est plus un luxe. Il est un droit, un outil de sécurité, de développement et de dignité. Maintenir plus de cent villages de Dekese hors réseau, c’est institutionnaliser l’exclusion et normaliser l’abandon.

Il est temps que Vodacom, avec l’appui des autorités compétentes, assume ses responsabilités. Dekese ne demande pas la charité. Il exige simplement d’être reconnecté à la nation, à la vie, à l’avenir.

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