30 mai 2026
Ville de Kisangani, RD Congo
Tribune

FRIVAO – 19 millions USD envolés, un documentaire fantôme à 1 million USD, 850 000 USD pour les frais de fonctionnement : jusqu’où ira le scandale ? (Tribune d’Ibrahim Sumaili, Libre-penseur)

Depuis un certain temps, nous avons constaté que FRIVAO est plus dans des scandales financiers et de détournement des fonds que dans la réparation des victimes…

Le ministre de la Justice, Constant Mutamba, a quitté le gouvernement, rattrapé par des accusations de détournement de fonds publics. On parle de 19 millions de dollars évaporés, alors qu’ils étaient destinés à réparer les souffrances des victimes de guerre. Ce départ n’est pas un simple fait politique : c’est une chute logique. Quand on construit un édifice sur le mensonge, tôt ou tard, il s’écroule.

Mais ce ministre n’est pas tombé seul. Il a laissé derrière lui des structures, des équipes, des décisions, qui portent encore son empreinte. Parmi elles : la coordination actuelle de FRIVAO. C’est Mutamba qui a suspendu les gestionnaires nommés légalement. C’est Mutamba qui a installé une autre équipe, sans transparence, sans appel à compétence, sans ancrage légal clair.

Aujourd’hui, tout ce que cette équipe produit flou budgétaire, documents irréguliers, tensions internes, soupçons d’abus n’est pas une surprise. Ce n’est pas une dérive nouvelle : c’est la suite logique d’un point de départ corrompu. On ne plante pas des graines de confusion et de favoritisme pour récolter la justice.

Des rapports sérieux, comme celui de la plateforme citoyenne Filimbi, montrent comment des fonds censés aller aux victimes ont été utilisés pour couvrir des frais de fonctionnement, verser des primes, financer un documentaire opaque, ou encore enrichir des inconnus inscrits à la dernière minute.

Pire encore : de vraies victimes ont été écartées. D’autres, fictives ou inconnues, ont été payées. Certains survivants racontent qu’on leur demandait jusqu’à 500 dollars pour débloquer leur dû. On appelle ça des rétrocommissions. En réalité, c’est de l’humiliation organisée.

La mission du FRIVAO était noble : réparer les vies brisées par la guerre. Mais quand cette mission est confiée à des mains trempées dans des arrangements politiques, elle s’éloigne de sa boussole morale.

Kisangani ne doit pas se taire. Cette ville connaît la souffrance. Elle mérite que chaque franc du FRIVAO serve à reconstruire, pas à entretenir des cercles de pouvoir. Et si l’origine est tordue, alors il est logique que les fruits le soient aussi. Du mal ne peut venir que le mal.

Ce scandale ne peut pas rester sans suite

On ne peut pas détourner l’argent des morts, humilier les vivants, multiplier les irrégularités, et espérer que tout continue comme si de rien n’était. Les faits sont graves, documentés, publics. La coordination actuelle du FRIVAO agit comme si le fonds lui appartenait, distribuant des contrats sans appel d’offres, sélectionnant des bénéficiaires dans l’ombre, détruisant la mission même du fonds : réparer.

Il faut ouvrir une enquête sérieuse, indépendante, sur la gestion actuelle du FRIVAO.
Chaque ligne de dépense doit être vérifiée. Chaque bénéficiaire identifié. Chaque contrat justifié. Et en attendant que toute la lumière soit faite, les activités de la coordination intérimaire doivent être suspendues provisoirement.

Il est temps d’arrêter la mascarade.

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