30 mai 2026
Ville de Kisangani, RD Congo
Kaba Lisolo

Crise à la DGRKOR : quand le parti présidentiel et l’exécutif provincial s’affrontent en pleine rue à Mbuji-Mayi

À Mbuji-Mayi, un épisode pour le moins curieux vient d’illustrer la confusion qui règne autour de la Direction générale des recettes du Kasaï Oriental (DGRKOR), alors que cette régie financière est au centre d’un bras de fer politique aux relents de scandale.

Le 9 juillet, Patrice Kabemba, porte-parole du gouverneur Jean-Paul Mbwebwa pourtant mis en accusation par l’Assemblée provinciale est monté au créneau pour lire un arrêté signé par Augustin Kayemba, gouverneur intérimaire. Ce document suspendait, à titre conservatoire, trois hauts responsables de la DGRKOR, accusés de détournement présumé de plusieurs millions de dollars américains provenant des taxes et redevances publiques.

Contre toute attente, c’est ce même Patrice Kabemba qui, le lendemain, lit une déclaration officielle de l’UDPS/Mbuji-Mayi. Dans ce texte, le parti présidentiel dénonce une suspension jugée « irrégulière et politique » de ses mandataires au sein de la régie financière, et exige la démission du vice-gouverneur dans un délai de 72 heures.

Plus encore, l’UDPS contre-attaque et accuse le camp du gouverneur d’un détournement de 550 millions de francs congolais. Le parti remet en cause la légitimité de l’enquête à la base des suspensions, celle-ci ayant, selon lui, été conduite par un proche parent du gouverneur intérimaire, sans qualité d’inspecteur.

Mais au-delà du fond, c’est la forme qui intrigue les observateurs. Comment le même porte-parole peut-il lire tour à tour un arrêté officiel de suspension et une déclaration politique qui le conteste ? Cette double casquette de Patrice Kabemba, à la fois voix de l’exécutif provincial et acteur actif de l’UDPS, sème la confusion dans une affaire déjà explosive.

Pour plusieurs analystes, ce flou révèle un dysfonctionnement profond au sein de l’administration provinciale et du parti au pouvoir. La DGRKOR, censée être un moteur de mobilisation des ressources locales, se retrouve désormais au cœur d’un affrontement politique qui paralyse son fonctionnement.

À ce rythme, une question centrale se pose : qui parle au nom de qui, et qui assumera les responsabilités devant la population pour ce chaos administratif ? Un désordre qui, s’il persiste, risque de compromettre durablement la crédibilité des institutions provinciales.

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