Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga, traverse une zone de turbulences politiques inédites, marquées par une querelle de leadership au sommet de la mairie. Deux figures influentes de l’Union pour la Démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel, se disputent la légitimité du poste de maire intérimaire, plongeant la ville dans un climat de confusion et de blocage administratif.
Depuis mai 2024, Joyce Tunda Chansa Kazadi, ancienne maire adjointe et militante reconnue de l’UDPS, assure l’intérim à la suite de la nomination de son prédécesseur, Martin Kazembe, au poste de vice-gouverneur de province. Bénéficiant d’un appui local considérable et de son expérience dans l’appareil administratif, elle se considère comme l’unique autorité légitime à la tête de la mairie.
Mais la donne change brusquement en février 2025. Un arrêté ministériel désigne Patrick Kafwimbi Mumamba, également membre de l’UDPS, comme nouveau maire intérimaire. Cette décision, loin d’apaiser les tensions internes au sein du parti, provoque un vif rejet de la part de Joyce Tunda, qui dénonce une violation flagrante des textes légaux en vigueur. Selon elle, seule une ordonnance présidentielle, sur proposition du ministre de l’Intérieur, peut nommer un maire même de manière intérimaire conformément à la Constitution et à la loi sur la décentralisation.
Face à ce bras de fer, une décision du Conseil d’État était attendue pour trancher. Mais loin de résoudre le différend, elle a laissé subsister un flou juridique qui permet à Patrick Kafwimbi de continuer à opérer dans les locaux de la mairie. Résultat : un climat de double commandement persiste, paralysant l’administration urbaine et jetant le doute sur la légitimité des décisions prises.
Dans cette impasse, la gouvernance de Lubumbashi s’en trouve sérieusement affaiblie, et les risques de dysfonctionnements dans la gestion des affaires publiques s’accentuent. Plusieurs observateurs tirent la sonnette d’alarme et appellent à une clarification urgente, soit par une intervention directe du Chef de l’État, soit par l’organisation rapide des élections locales prévues dans les mois à venir.
En attendant, la capitale économique du Sud-Est congolais reste suspendue à une résolution politique qui tarde à venir, tandis que l’UDPS, pourtant pilier du pouvoir central, expose au grand jour ses tensions internes.
