30 mai 2026
Ville de Kisangani, RD Congo
Politique

Kasaï, pouvoir central et responsabilités locales : qui doit rendre compte ?

Lors du passage à Tshikapa du Secrétaire permanent de l’Union Sacrée de la Nation, le professeur André Mbata Mangu, venu pour la redynamisation de cette plateforme politique, le gouverneur du Kasaï, Maître Crispin Mukendi Bukasa, a saisi l’occasion pour dresser un constat alarmant : « le pouvoir central n’envoie rien à la province, pas même un projet ».

Cette sortie médiatique a fait l’effet d’une bombe dans l’opinion publique, tant elle met à nu une réalité douloureuse : un Kasaï abandonné, sous-équipé, relégué aux oubliettes. Mais au-delà du choc des mots, c’est surtout le fond du message qui interroge. Car cette plainte tombe au mauvais endroit, au mauvais moment et, surtout, contre la mauvaise cible.

Une question simple s’impose alors : quel est le rôle d’André Mbata dans la gestion des finances et des investissements publics ? Est-il ministre des Finances ? Ministre du Budget ? Premier ministre ? Coordonnateur d’un programme d’investissement ? Non. Il est cadre et animateur politique d’une plateforme. Son rôle est politique, organisationnel, stratégique, mais en aucun cas exécutif.

Pourquoi, dès lors, le gouverneur choisit-il de déposer la misère du Kasaï devant un responsable qui ne détient ni les leviers budgétaires ni le pouvoir de décision gouvernementale ? C’est comme confier le dossier d’un hôpital à un agent de sécurité : on crie, on se soulage, mais on ne soigne personne. À l’image d’une femme qui raconterait les fautes de son mari à quelqu’un qui ne vit même pas sous le même toit.

Ce discours, loin d’apparaître comme un acte de courage politique, ressemble davantage à une stratégie de justification, voire d’anticipation des critiques populaires. Car pendant que le gouverneur dénonce l’inaction du pouvoir central, une autre question brûle les lèvres de la population : que devient la gestion provinciale depuis l’arrivée de Crispin Mukendi ?

Si le pouvoir central n’envoie rien, soit. Mais qu’a fait le pouvoir provincial avec les moyens dont il disposait ? Qu’a-t-il mobilisé ? Qu’a-t-il défendu ? Qu’a-t-il exigé ? Quel lobbying a été mené ? Quelles démarches concrètes ont été entreprises pour arracher des projets ? Dans une province où tout manque, un gouverneur responsable ne se contente pas de dénoncer. Il engage un bras de fer institutionnel, il interpelle dans les cadres appropriés, il force des engagements, il impose sa province dans l’agenda national.

C’est ici que la contradiction devient flagrante. Pourquoi ces vérités n’ont-elles jamais été dites devant le Président de la République ? Pourquoi pas devant la Première ministre lors de son passage à Tshikapa ? Pourquoi attendre la visite d’un secrétaire permanent d’une plateforme politique pour exposer l’état de délabrement de la province ?

L’Union Sacrée est certes la majorité politique, mais son secrétaire permanent n’est ni le guichet des projets ni le coffre-fort de l’État. En choisissant ce canal, le gouverneur donne l’impression qu’il cherche moins une solution qu’un alibi : celui d’un dirigeant qui dénonce publiquement, tout en évitant les véritables espaces de décision.

Au fond, cette adresse révèle une réalité encore plus préoccupante : la nudité du Kasaï n’est pas seulement matérielle, elle devient aussi politique. Une province qui n’est pas défendue là où il faut, quand il faut, par ceux qui ont le devoir de la défendre.

Le Kasaï n’a pas besoin d’un gouverneur qui se plaint devant les visiteurs. Il a besoin d’un gouverneur qui se bat devant les décideurs. Aujourd’hui, le peuple n’attend plus des discours, mais des résultats : routes, eau potable, énergie, hôpitaux, emplois, projets structurants.

Car une province peut manquer de tout, mais elle ne devrait jamais manquer de l’essentiel : un leadership courageux, cohérent et résolument tourné vers l’action.

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