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14 septembre 2026
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RDC–Rwanda : une guerre des récits plus dangereuse que les armes (Julien Paluku)

Alors que le Rwanda continue d’invoquer la menace des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) pour justifier ses incursions militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, Kinshasa hausse le ton. Pour Julien Paluku, ministre congolais du Commerce extérieur, cet argument sécuritaire relèverait davantage de la construction narrative que d’une menace réelle.

Dans une déclaration sans détour, le ministre accuse Kigali de manipuler l’histoire à des fins géopolitiques :

Les FDLR ? De 1998 à 2003, puis de 2022 à 2025, seuls les Rwandais y ont été confrontés. Aujourd’hui, il ne reste qu’un millier de combattants, dont la majorité ont été recyclés… par Kigali lui-même.

S’appuyant sur des rapports des Nations unies, Paluku remet en cause la portée de la menace, qualifiant les FDLR de force résiduelle, désorganisée et dépourvue de véritable capacité opérationnelle. Il accuse le Rwanda d’entretenir une peur utile, façonnée pour légitimer une stratégie d’ingérence sous couvert de légitime défense.

Plus encore, il dénonce une campagne de désinformation planifiée depuis trois décennies :

Déconstruire un mensonge inoculé comme du venin depuis 30 ans est un travail de longue haleine.

Appelant à une prise de conscience nationale, le ministre exhorte les Congolais à ne pas devenir, malgré leurs divergences internes, les relais d’un régime qu’il accuse de miner les aspirations d’une génération entière.

La réplique de Kigali n’a pas tardé. Le ministre rwandais Olivier Nduhungirehe a réagi sur le réseau social X :

Si les FDLR sont un ‘mensonge’ selon le ministre Paluku, pourquoi le gouvernement congolais a-t-il signé à trois reprises des accords engageant leur neutralisation ?

En évoquant notamment les accords de Luanda et de Washington, Kigali cherche à piéger Kinshasa dans ses propres engagements diplomatiques.

Mais cette réponse, loin de clore le débat, met en lumière plusieurs paradoxes :

  • Une menace résiduelle constamment évoquée par Kigali, malgré des preuves sur le terrain de plus en plus ténues ;
  • Un double jeu présumé, selon Kinshasa, avec un recyclage possible d’anciens FDLR par le Rwanda lui-même ;
  • Une absence de remise en question rwandaise quant à son soutien documenté au M23, qui affaiblit considérablement la légitimité de son discours sécuritaire.

Au-delà de la question des FDLR, cet échange illustre la persistance d’une grille de lecture verrouillée par le Rwanda depuis près de trente ans. En instrumentalisant une menace aujourd’hui marginale, Kigali cherche à justifier un droit d’ingérence hérité d’une mémoire collective qu’il refuse de faire évoluer.

Or, cette mémoire, autrefois bouclier, devient un frein à la paix. Elle empêche toute autocritique, toute révision du rôle rwandais dans l’instabilité chronique à l’Est de la RDC.

Si la communauté internationale veut réellement promouvoir la stabilité dans la région, elle ne peut plus se contenter d’accommoder un narratif asymétrique. Car au-delà des traités et accords signés, c’est bien la manière de raconter le conflit qui doit être repensée.

Sans ce rééquilibrage des récits, toute paix restera non seulement fragile, mais profondément injuste.

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