Le ministre tanzanien de l’Information, de la Culture, des Arts et des Sports, Paul Makonda, a effectué du 14 septembre une visite de quatre jours au siège du FC Barcelone, suite à une invitation du président du club, Joan Laporta.
Accompagné de cadres de son ministère, du Conseil national des sports et de la Fédération tanzanienne de football, il s’est entretenu avec les dirigeants blaugrana sur la détection des jeunes talents, l’encadrement technique et la gestion des équipes nationales. La démarche vise à préparer le pays à co-organiser, avec le Kenya et l’Ouganda, la CAN 2027. A en croire la presse tanzanienne, séjour devrait s’achever par une invitation au match du Barça face au Racing Santander, ce mercredi 16 septembre au Camp Nou.
Le choix du club catalan tient à la réputation de La Masia, son centre de formation, d’où sont issus plusieurs champions du monde. La Tanzanie cherche ainsi à capter ce savoir-faire avant d’accueillir ce grand tournoi du continent.
Aucun accord n’a pourtant été signé pour l’instant. Les échanges portent sur des pistes de coopération, et la presse tanzanienne elle-même attend des programmes concrets plutôt qu’une simple déclaration d’intention. Certes, l’intérêt de Barcelone pour l’Afrique de l’Est est réel pour sa propre image de marque. Encore faut-il, pour qu’un partenariat solide en découle, un financement et des engagements précis, absents à ce stade.
Cette prudence tanzanienne prend tout son relief au regard d’un autre pays déjà engagé avec le Barça, la République démocratique du Congo, où le même type de partenariat traverse une zone de turbulence depuis plusieurs semaines.
L’espoir tanzanien face au malaise congolais
En juillet 2025, le ministre congolais des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, présentait le contrat signé avec le FC Barcelone comme un levier de transformation pour le sport national. Le partenariat, chiffré à environ 10 millions d’euros par an sur quatre saisons, prévoyait l’accueil de cinquante jeunes Congolais par saison dans les structures de formation du club, la formation d’éducateurs locaux, l’ouverture d’un espace dédié à la culture congolaise au Camp Nou, ainsi que l’apparition du slogan « RDC, Cœur de l’Afrique » sur les tenues de l’équipe.
Un an plus tard, le bilan reste toutefois flou. Le ministre Budimbu a lui-même reconnu, en août dernier, des retards dans le volet culturel et dans la mission de détection des jeunes talents, du fait de travaux d’infrastructure inachevés et d’un calendrier accaparé par la qualification de la RDC au Mondial. Quant au slogan, il n’a jamais figuré sur le maillot officiel de compétition, seulement sur des tenues d’entraînement, avant de disparaître purement lors d’un déplacement du Barça à Newcastle. Interrogé sur Top Congo FM, le ministre a alors livré une clarification déroutante selon laquelle Kinshasa n’aurait jamais exigé cette inscription, le Barça l’ayant fait de sa propre initiative.
Dès l’annonce de la signature de ce contrat, jugé budgétivore et irréfléchi par certaines élites congolaises au regard des défis internes du pays (insécurité, infrastructures, social), des voix critiques se sont levées. Dans un entretien à Jeune Afrique, Budimbu a ainsi dû défendre le montant face à ces critiques et au sous-financement chronique du sport local. Le journaliste Romain Molina évoquait par ailleurs des clauses défavorables à la partie congolaise. Or la RDC a signé des contrats similaires avec l’AS Monaco et l’AC Milan, sans impact concret constaté jusque-là, et ni le club ni le gouvernement n’ont produit de calendrier public détaillant ce qui a été livré.
La Tanzanie, quant à elle, avance sur un terrain différent. Co-organisatrice de la CAN 2027 avec le Kenya et l’Ouganda, elle dispose d’une échéance sportive concrète et d’un motif clair pour solliciter Barcelone, la formation technique plutôt que la seule vitrine médiatique. En ne signant rien avant d’en cerner les termes, Dar es Salaam évite pour l’instant l’écueil congolais.
Le Rwanda voisin a d’ailleurs montré qu’un tel pari peut réussir, sa campagne « Visit Rwanda » ayant accompagné Arsenal, le PSG puis le Bayern Munich pour, selon le Rwanda Development Board, 1,3 million de visiteurs et 650 millions de dollars de recettes en 2024, même si ces mêmes contrats ont été critiqués, notamment par Kinshasa, en raison du rôle prêté au Rwanda dans le conflit à l’est de la RDC.



