Les terroristes ougandais des ADF (Allied Democratic Forces) auraient adopté une nouvelle stratégie dans leurs actions dans le territoire de Mambasa, en province de l’Ituri. Ils y combineraient désormais intimidation armée, administration parallèle et prélèvements forcés auprès des populations civiles.
Selon des sources de la société civile, des meetings ont été organisés ce mardi 28 avril à Makuku et Ndioka, dans la chefferie de Babila Bakwanza. À cette occasion, les ADF auraient instauré un système de taxation obligatoire visant à contrôler la population et le territoire. Il s’agirait notamment d’une taxe d’identification pouvant atteindre 30 000 FC par champ, ainsi qu’une redevance fixe de 50 dollars par habitant.
Depuis quelques jours, les agriculteurs paient d’importantes sommes chaque semaine aux ADF. Ils tiennent des meetings sans être inquiétés pour le moment, ce qui pourrait compliquer les offensives de l’armée congolaise.
souligne Arsène Shamamba, cadre et chercheur en sécurité dans l’Est de la RDC
Il ajoute :
Plusieurs civils ont récemment été libérés contre paiement, les fonds étant désormais transférés via mobile money.
Pour certains acteurs des droits humains actifs dans les zones touchées par les ADF, si les opérations conjointes FARDC-UPDF, appuyées par les enquêtes de la fondation Bridgeway, ont permis de réduire certaines sources de financement externes, cette nouvelle forme d’autofinancement renforcerait l’ancrage local du groupe armé.
En imposant des taxes, les ADF se comportent comme une autorité locale de fait. Ce contrôle économique crée une relation de dépendance et de peur qui empêche la population de collaborer avec les services de renseignement militaires.
explique Rajabu Lamazani, militant des droits de l’homme basé à Oicha, dans le territoire de Beni
Et d’ajouter :
En s’immisçant dans la gestion des champs, les terroristes s’intègrent profondément dans la vie quotidienne des paysans. Les déloger dans ces conditions expose les civils à des représailles immédiates ou à la perte de leurs moyens de subsistance, ce qui limite la marge de manœuvre des forces armées congolaises.
Depuis le début de l’année, les exactions attribuées aux ADF auraient déjà fait près de 300 morts, en plus de nombreuses disparitions et de déplacements massifs de populations, aggravant la situation humanitaire et perturbant gravement les conditions de vie et d’éducation dans le territoire de Mambasa.



