8 décembre 2022
Ville de Kisangani, RD Congo
Société

Le statut de 3ème ville reconnu à Kisangani n’est plus qu’une illusion ? (Tribune de Bily Bolakonga)

Kisangani, ville d’espoir, ville hospitalière… cette ville qui fait parler d’elle dans tellement de domaines a, depuis la nuit de temps, été considérée comme la troisième de la République démocratique du Congo. Une position qui ne fait pourtant plus l’unanimité. Pourquoi ?

Au fil des années, Boyoma a dû perdre sa plus belle robe. Avec une régression sur quasiment tous les plans, où Kisangani marque les pas ne connaît point d’évolution, plus aucune couture ne semble se positionner pour revêtir l’ex Stanley-ville de ses brillantes couleurs.

Nous vous proposons l’avis du Professeur Bily Bolakonga, Docteur en sciences agronomiques et ingénierie biologique de l’université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech. Chef de département d’économie agricole de l’IFA-Yangambi et Recteur de l’UMC ⬇️

Kisangani est une ville charnière qui joue un rôle très important dans la consolidation de l’unité nationale dans la mesure où, par essence, c’est une zone de confluence et métissages des peuples divers; en témoigne sa longue trajectoire historique, favorisée par sa position géographique stratégique. Située au point où les eaux du fleuve Congo venant du sud-est basculent vers le nord-ouest, avant d’amorcer majestueusement son cheminement vers l’ouest avant de redescendre, cette fois-là, vers le sud-ouest puis se jeter dans l’océan Atlantique, Kisangani, ex Stanleyville, joue le rôle de charnière entre le sud et le nord mais aussi entre l’est et l’ouest de la RDC. Cette localisation lui permettait de faire la jonction anthropologique mais aussi et surtout économique entre les différentes parties de notre pays. Elle brassait donc, d’abord les peuples puis les différents produits venant de toute part, soit par route, soit par voie ferrée, soit par les autoroutes liquides, pour les amener vers l’ex Equateur puis Kinshasa, via l’ex Bandundu.

En chemin inverse, ce sont principalement les produits manufacturiers qui remontaient pour desservir les différentes parties du pays susevoquées. Tous les secteurs de l’économie étaient concernés par les échanges et Kisangani étaient au cœur de l’action. Kisangani était donc un grand marché de transit des produits agricoles et divers. Une intense activité s’observait donc dans les différents ports situés entre l’ex ONATRA et le beach dit Pakassa juste avant le dépôt de Beltexco. Aujourd’hui, c’est juste du petit commerce, parfois à la sauvette qui s’y exerce alimenté par quelques embarcations beaucoup moins importantes et à fréquence irrégulière.
Les grandes industries (Sorgeri, puis récemment la Sotexki), fleurons de l’économie de Kisangani ont fait faillite. Les grands commerces se sont, pour ainsi dire, évaporés !

Kisangani, pourtant promise à un rôle économique de premier plan, a perdu son prestige pour se transformer en un centre d’économie de la débrouille ! Ce tableau dépeint clairement, la mort dans l’âme pour un natif de Kisangani que je suis, la déchéance de ma ville. Je suis forcé, par honnêteté intellectuelle, de reconnaître que son statut de troisième ville du pays n’est plus qu’une illusion. Néanmoins, j’ai bon espoir qu’il est possible de lui restituer sa place à condition que l’Etat congolais réalise le rôle majeur de socle de l’unité nationale que Kisangani doit jouer en RDC. Il faut pratiquement un plan Marshall avec des réflexions qui peuvent doter Kisangani, pour une période déterminée, du statut de zone franche en favorisant tous les possibles investisseurs mais singulièrement les Congolais.

Je plaide également, dans ce contexte pour la promotion de l’agriculture dans l’arrière-province de la Grande Orientale mais particulièrement de la Tshopo. Disposer de l’espace est un immense avantage surtout que la voie d’écoulement qu’offre le boulevard liquide (fleuve) existe. Il va sans dire qu’il faudra privilégier les jonctions multimodales (route – chemin de fer – fleuve/rivières); et, un accent particulier doit être placé sur les infrastructures routières (pistes, routes, ponts…).

A côté de l’agriculture, un plan de réindustrialisation s’impose notamment pour, au moins ressusciter la SORGERI et la SOTEXKI, en les modernisant afin de réduire leurs coûts d’exploitation et améliorer leurs rentabilités.

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